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Les mille et une vies de Saher Mheri

Publié le 19 août 2026|

Du quartier des Trois-Ponts où il est né, aux Etats-Unis où il a exploré, Saher Mheri a eu un parcours atypique aussi original qu’enrichissant. Celui qui se définit comme un « explorateur en inspiration » est à la tête aujourd’hui d’un centre de formation certifié par le plan Laïcité Education à la Citoyenneté et a notamment accompagné les jeunes Roubaisiens qui ont participé au concours d’éloquence. Entre autres.

Bio Express

2008 : Participation aux championnats du Monde de danse hip-hop « Juste debout » à Lille

Décembre 2015 : Création du mouvement solidaire à la jeunesse « On parle pas on agit » (OPPOA)

2015 : Déclic personnel, début du tour du Monde et exploration de la côte Est des Etats-Unis.

2023 : Chef du service jeunesse à la Maison Internationale de la Rive-Sud à Montréal.

2024 : Création du centre de formation « Just #OPPA State of mind »

Lunettes blanches bien présentes, abord très souriant, Saher Mheri ponctue toutes ses phrases d’un sourire. Né en plein été, il vient de fêter ses 43 ans et mesure le chemin qu’il a parcouru. « Je suis né à la maternité Paul Gellé, j’ai fréquenté les bancs de l’école Jean Macé, une super époque de ma vie, puis ceux du collège Van Der Meersch et du lycée Jean Moulin. » Avec de bons résultats au collège, Saher avait également des aptitudes en sport et notamment au basketball. Malheureusement, les portes des centres de formation se ferment, car les frais sont trop élevés pour sa famille. « On me disait que je rêvais trop, mais je me suis dit que je réaliserais un jour mes rêves de gamin. »

Très admiratif de son père, qui lui a transmis sa capacité de résilience : « fils d’un orphelin tunisien, je le dis avec la plus grande fierté. Ce qui m’impressionnait chez mon père, c’est qu’il a exercé tous les métiers du monde pour mettre du pain sur la table. » explique-t-il. Saher s’accroche au basket mais décroche peu à peu au niveau scolaire. « Lors de ma deuxième terminale, ma professeure de philo ne cessait de répéter que je n’aurais jamais mon bac. » Piqué au vif, il se remet en question et met en place un planning de révisions intensif deux semaines avant l’examen, qu’il décroche avec fierté. Une expérience à l’université qui ne fonctionne pas et un BTS « assistant de gestion PME-PMI » avorté à cause du manque de considération de l’entreprise qui l’accueille plus tard, Saher se sent un peu perdu : « C’est violent de se voir confier le transport de palettes alors qu’on est censé assister un patron dans ses tâches de gestion. »

En plus du basket, il se met à cette époque à pratiquer le hip-hop et en particulier le « popping » et le « locking ». Son acharnement et sa discipline l’amènent à participer au championnat du monde de battle « Juste debout » dont les qualifications se passent à Lille en 2005. Le meilleur compliment qu’il reçoit, en 2008 lors des demi-finales vient de l’un des fondateurs du locking, Tony Gogo : « J’ai beaucoup de respect pour toi, tu danses avec ton coeur. »


« Je kiffe cette dynamique de dur labeur. Mon cerveau est programmé pour quitter la zone de confort, car derrière celle-ci se situe l’apprentissage. »


Après des soucis familiaux (son père a été gravement malade et il est devenu chef de famille) et une blessure, le jeune homme se remet en question. C’est alors qu’une structure le sollicite pour accompagner des jeunes suivis par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) dans le cadre de séjours de rupture. « C’est là que je sens les premiers signes de ma révélation, j’utilise mes compétences auprès des jeunes et je me dis que je suis peut-être fait pour ça. » Dès lors, il devient boulimique de travail, il se forme et apprend sur le terrain. « Roubaix, c’est une vraie école de la vie. Si vous y arrivez à Roubaix, vous pouvez travailler partout dans le monde. Plus jeune, mon animateur Ali Kerrouche nous répétait souvent cette phrase qui m’a profondément marqué ».

Saher Mheri retient de cette expérience une vocation et entame des études pour devenir éducateur spécialisé. Un parcours encore parsemé d’embûches, qui le rendent plus fort – « Je ne pense jamais problème mais solution » – mais qu’il finit par brillamment valider et qui fait dire à sa mère, très fière : « Mon fis, tu as ton diplôme ! »

C’est à ce moment que l’envie d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte se pose pour Saher Mheri et avec elle le besoin de s’affranchir hors des frontières hexagonales. Il réalise alors un premier rêve de gosse, celui de fouler le sol américain. « Enfant, j’étais très inspiré par la culture américaine avec le basket et le mouvement hiphop. Quand je suis arrivé à Times Square, j’ai fondu en larmes. »

Aux USA, puis au Canada, Saher ose et repousse les fameuses croyances limitantes. « L’apprentissage de l’anglais a été un vrai sketch » sourit-il. De toutes ses expériences, Saher fonde la pédagogie du voyage et développe sa conférence « l’échec, l’école de la réussite » un peu partout. La cerise se pose sur le gâteau en 2025 avec la reconnaissance de son centre de formation « Just #OPPOA ». Sollicité de toutes parts, Saher est notamment très heureux de l’accompagnement qu’il réalise depuis deux ans auprès des jeunes qui participent au concours d’éloquence organisé par la Ville. Une casquette de plus, bien vissée sur la tête.

Ses coups de coeur

Le quartier des Trois-Ponts : le quartier où j’ai grandi. En partant travailler à l’étranger, je suis passé de la « tess » (cité) aux buildings. Il y a le rêve américain, aujourd’hui il y a le rêve roubaisien.

Salle Pierre de Roubaix, à l’Hôtel de Ville : une très belle salle et un lieu symbolique pour moi puisque c’est là qu’ont eu lieu les cérémonies de remise de diplômes dans le cadre de mon centre de formation et le concours d’éloquence. Du travail dans un cadre agréable.

Le coffee house à l’Épeule : un café populaire où je vais très régulièrement. C’est là que je garde le contact avec la population roubaisienne.

  • éloquence
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