Safiha ou la définition de la sororité

Publié le 29 mai 2026|

Safiha est présidente de l’association Renaissance, qui vient en aide aux femmes victimes de violences conjugales, ainsi qu’à leurs enfants, afin de les mettre à l’abri et leur apporter toute l’aide nécessaire pour leur rendre leur dignité. Elle y consacre tout son temps et toute son énergie, accompagnée d’une dizaine de bénévoles.

Bio Express

29 mai 2005 : « Naissance d’Imene, mon troisième enfant. Le bébé de la renaissance. »

2020 : Création de l’association Renaissance.

3 avril 2021 : « J’ai fait face à une dame qui a failli perdre la vie. Cette date reste ancrée en moi. »

Décembre 2022 : Rencontre avec Shéhérazade Bentorki, alors députée suppléante de David Guiraud. « J’ai été touchée par son écoute et son aide. Elle a bien compris l’urgence de la situation. »

Mai 2025 : « Lors d’un repas avec les femmes qui fréquentent l’association, j’ai rencontré David Guiraud, qui s’est montré à leur écoute.« 

Elle a 52 ans mais en paraît dix de moins. Dans un grand sourire, elle répond que son secret de jouvence réside dans le fait de s’occuper des autres. Des femmes en souffrance en particulier, grâce aux actions de l’association dont elle est présidente : Renaissance. « Je suis née à Roubaix et j’ai toujours été active dans la vie associative. J’habite Roubaix jusqu’à l’âme » résume-t-elle bien.

Parcours roubaisien

Scolarité à l’école Voltaire, puis au collège Saint-Louis et au lycée Sainte- Marie, son parcours l’a conduite à un poste de responsable d’un magasin haut de gamme Well et Gossard à Paris. « Je formais aussi notamment des futures vendeuses de McArthurGlen » explique-t- elle. Par la suite, elle a ouvert un salon de coiffure à Roubaix qui lui a permis de rencontrer beaucoup d’habitantes des quartiers. Maman de trois enfants (Imene, 19 ans, Yacine, 24 ans et Sephora, 28 ans), elle a tout de suite eu le contact facile avec les mères de camarades de classe qui venaient naturellement se confier. « J’ai été touchée personnellement par les violences conjugales et j’ai osé en parler. Très attentive aux autres, je sais détecter la souffrance chez les femmes. »

Création de l’association Renaissance

Forte de ces qualités et de son expérience, Safiha crée l’association en 2020. En plein COVID, les femmes victimes de violences conjugales sont encore plus fragilisées. « Renaissance est née d’un constat de terrain : de nombreuses femmes victimes de violences restent invisibles et n’accèdent pas aux dispositifs classiques. Depuis sa création, l’association connaît une croissance continue, portée par l’augmentation des besoins sur le territoire roubaisien. » poursuit-elle. Plus de 105 femmes ont par exemple été suivies sur la seule année 2025.


« La première condition pour un accompagnement réussi, c’est la confiance et elle se gagne par l’écoute. »


L’association agit comme une structure de proximité, accessible sans condition, permettant un premier accueil : « La première condition pour un accompagnement réussi, c’est la confiance et elle se gagne par l’écoute. On n’interrompt pas une femme qui raconte son calvaire. Ensuite, on explique comment on peut l’aider, grâce à un hébergement d’urgence dans un premier temps, puis à quitter son conjoint.»

> L’association occupe un nouveau local au 69 rue Jules Watteeuw à Roubaix (site web)

Un engagement accompagné

Le message qu’elle souhaite transmettre aux femmes, même quand la situation paraît insurmontable, c’est que « rien n’est perdu. Il y a toujours une porte de sortie. » Laurence, l’infirmière de l’association précise également que « Cela touche tous les milieux sociaux. Beaucoup de femmes se renferment car elles dépendent de leur mari financièrement. »

Evidemment, Safiha n’est pas seule dans l’association. Elle est entourée d’une équipe de 16 personnes dont deux infirmières, un juriste, deux avocats, des travailleurs sociaux, 4 formatrices pour les cours de français, des étudiants pour le cours de soutien scolaire aux enfants. Deux psychiatres vont prochainement les rejoindre. Une fois par mois, l’association réunit les femmes autour d’un « repas temps de parole » concocté par les bénévoles. Si on parle loisirs, Safiha répond que son hobby est de « venir en aide aux femmes victimes ». Par choix, elle ne part pas en vacances pour être toujours disponible. En revanche, deux ou trois soirs par semaine, elle enfile ses baskets pour aller courir au parc Barbieux. « J’en ai besoin, cela me permet d’évacuer les tensions. » Elle apprécie la lecture également. Sa plus grande fierté ? Ce sont ses trois enfants dont deux sont étudiants en médecine et la troisième, infirmière. « Je leur ai tout donné. » Et de cela on ne doute pas une seule seconde !

Coups de coeur

Le parc Barbieux : « On a l’impression d’être hors-ville dans ce parc. J’apprécie d’y courir le soir, seule. »

Chez moi : « Je m’y sens bien car j’ai des souvenirs de toutes les femmes que j’ai réconfortées à la maison. »

L’école de mes enfants : « C’est là où tout a commencé. J’ai su que je pouvais apporter quelque chose à toutes les mamans.« 

Crédit Photos : Anais Gadeau , service communication, ville de Roubaix