Un Stolperstein en hommage à Nelly Devienne, héroïne roubaisienne de la Résistance
Publié le 19 juin 2026|

Roubaix poursuit son travail de mémoire avec la pose ce jeudi 18 juin 2026 d’un nouveau Stolperstein en hommage à Nelly Devienne, résistante roubaisienne. Ce pavé de mémoire se trouve désormais devant sa maison, 96 rue Montgolfier. La cérémonie était ouverte au public. Porte-drapeaux, sous-préfet, élus et élèves du collège Jean-Baptiste Lebas étaient présents.
Née le 28 mai 1912 à Roubaix, Nelly Héloïse Devienne grandit dans une famille modeste. Élève brillante, elle suit des études de sténodactylographie et de comptabilité. En 1934, elle est l’une des deux seules candidates à réussir l’examen commercial supérieur. Sa vitesse de frappe (120 mots par minute) est déjà exceptionnelle. Cette compétence lui ouvre les portes du Comptoir National d’Escompte de Paris (CNEP), aujourd’hui intégré à BNP Paribas, où elle travaille comme secrétaire de direction dans l’agence de la rue de la Gare.
Lorsque Roubaix est occupée par les troupes allemandes le 24 mai 1940, la jeune femme de 28 ans choisit immédiatement la Résistance.
Une pionnière de la presse clandestine
Inspirée par les premiers tracts du docteur Guislain et par le journal clandestin belge La Libre Belgique, Nelly Devienne comprend très tôt que l’information est une arme contre l’occupant. Avec le résistant Paul Deltête, elle fonde La Voix de la Nation, l’un des premiers journaux clandestins du Nord de la France.
Le jour, elle poursuit son travail à la banque. La nuit et les week-ends, elle rédige, tape, reproduit et diffuse son journal clandestin. Son emploi lui permet également de recueillir des informations utiles auprès de collègues et de clients, qu’elle met au service de la Résistance.
Grâce à son incroyable rapidité de frappe et à une organisation sans faille, La Voix de la Nation passe en seulement dix-huit mois de 300 à près de 650 exemplaires diffusés. Les articles reprennent notamment les informations entendues sur la BBC et soutiennent l’action du général de Gaulle. Le journal devient rapidement un outil majeur de la propagande résistante dans la métropole roubaisienne.

Une femme au cœur du réseau Action 40
Son engagement attire rapidement l’attention de Robert Delaval, fondateur du réseau de Résistance Action 40, qu’elle rejoint. Son journal sert alors non seulement à informer la population, mais aussi à renforcer le réseau, recruter des sympathisants et faciliter les échanges avec les Alliés.
Les juges allemands reconnaîtront eux-mêmes son rôle essentiel. Lors de son procès, ils évoqueront son « talent exceptionnel » et sa capacité à fédérer autour de son journal clandestin. Des qualités qui feront d’elle une cible prioritaire de la Gestapo.
Arrêtée, condamnée à mort puis déportée
Après l’arrestation de plusieurs membres du réseau, Nelly Devienne est interpellée par la Gestapo le 16 juin 1942 directement sur son lieu de travail. Lors de la perquisition, les Allemands découvrent notamment une machine à écrire, un duplicateur, des documents clandestins ainsi qu’un revolver.
Jugée à Essen avec neuf autres résistants, elle est condamnée à mort le 5 novembre 1943 pour « aide à l’ennemi ». Comme beaucoup de femmes résistantes, son exécution est finalement suspendue sans qu’elle en soit informée. Elle est alors transférée de prison en prison avant d’être déportée au camp de Ravensbrück sous le matricule 84 098, dans le cadre de la procédure nazie « Nuit et Brouillard ».
Gravement malade lors de la libération du camp, elle meurt le 30 avril 1945, seulement dix-sept jours avant la capitulation allemande.
La reconnaissance de la Nation
Après la guerre, son père Jules Devienne, aidé du docteur Guislain, entreprend de faire reconnaître officiellement son engagement. Grâce à leurs démarches, Nelly Devienne est intégrée aux Forces françaises combattantes de l’Intérieur et reçoit, à titre posthume, le grade de capitaine à compter du 1er décembre 1940.
En 1947, elle est décorée de la Médaille de la Résistance française. Les documents officiels soulignent « son dévouement » et « son exemple d’abnégation », estimant qu’elle mérite d’être « citée à l’Ordre de la Nation ».
Aujourd’hui, son Stolperstein rappelle le parcours de cette femme d’exception devant son dernier domicile roubaisien, sur lequel une plaque commémorative est déjà installée. Son nom rejoint désormais ceux des autres Roubaisiens dont le courage continue d’habiter les rues de la ville.
Crédit Photos Lucas Demoor, service Communication, ville de Roubaix
Article rédigé avec l’aide de Yacine et Sohren, stagiaires de seconde












